De retour d’un voyage à Dhaka
3 novembre 2008 à 11:43 | Publié dans Non classé | Commentaires FermésVous donner des nouvelles devenait urgent, car après ce long temps de silence vous pourriez douter que je sois encore vivante ou tout simplement que je sois encore au Bangladesh… Voici donc quelques lignes pour vous prouver que j’y suis toujours, et même comblée !
Ayant trouvé un moyen efficace de me connecter depuis mon ordinateur (merci les Negrini pour votre aide !), je vais essayer après cet ajout d’utiliser ce blog de manière plus « blog », c’est-à-dire : ajouter de petites « news » régulières, et non des textes « à la Fanny », qui ressemblent plus à des extraits d’autobiographie missionnaire, comme on me l’a fait remarquer
.
Ma foi, il était nécessaire de poser le décor, on peut maintenant y jouer !!!
Nous commençons à profiter de la température agréable (on enfile des fois volontiers la petite laine, c’est pour dire !) et l’air est presque sec : il n’y a plus que 86 % d’humidité
! Je viens de passer ma première nuit sans ventilateur, et j’ai même eu un semblant de frisquet ce matin… On aurait presque oublié l’effet que ça fait !
La vie continue : le champ de riz en face de chez moi a été récolté, mon vocabulaire en bangla s’agrandit timidement, et nous avançons à bon rythme dans le programme scolaire !
Nous avons eu l’occasion de descendre à la capitale au début du mois pour quelques jours de vacances. Le but était de se relaxer, de faire quelques achats (ce qu’on ne trouve pas à Nilphamari : viande, fromage, pâtes, boîtes de conserves) et puis de revenir avec Jean-François, qui était à Paris pour une conférence de chirurgie.
J’ai profité du voyage en bus pour savourer une nouvelle fois le paysage ! Nous avons traversé plusieurs villages encombrés par des marchés de bananes. En effet, ici les petits producteurs apportent et rassemblent leur production pour qu’elle soit redistribuée ensuite… Je n’ai jamais vu autant de bananes de ma vie !!! De quoi faire des bananas splits pour quatre vies entières !
De plus, à l’occasion de la fin du Ramadan, d’immenses porches ornés de tissus colorés sont construits… c’est très beau ! Bien plus beaux que ceux du Mondial qu’on a vu dans nos villes cet été… Désolée l’UEFA !

J’ai découvert à Dhaka le concept des « clubs », endroits où il fait bon en tant qu’expat’ se relaxer, nager quelques longueurs, manger une assiette au resto, et rencontrer des gens de sa « culture », tout cela loin de la foule des rues et du regard des gens dévisageant notre face blanche. A priori toute nationalité a son club. Cependant n’ayant pas de club francophone à Dhaka, les Negrini ont pu être membres du club scandinave. On a donc profité pendant 4 jours de la piscine, de manger du fromage et du calme de la terrasse… C’était intéressant de voir ce genre d’endroit ! Pour moi, c’était vraiment nouveau. Je n’en avais jamais entendu parler. En étant missionnaire en France, on n’avait rien de cela. On allait à la piscine municipale, nous !
Les gens venant au club sont principalement des expat’ travaillant pour de grandes boîtes comme Nokia, H&M, ou encore des ambassades… Cela m’a quand même frappé à quel point ces personnes ont tendance à ne pas s’intégrer. C’est assez le cliché des expat’… Heureusement qu’il y a de temps en temps quelques missionnaires qui débarquent et qui complètent le tableau des clichés : celui de porter l’habit traditionnel, parler la moindre la langue locale… et envahir la piscine avec des gamins !
Mon estomac a réussi à tomber malade le dernier jour… il a fait une overdose de nourriture scandinave ?! C’est le comble après un mois au Bangladesh ! Il a fallu 2-3 jours au lit pour que la « grande » ait à nouveau des couleurs et que son système retrouve un équilibre, et puis c’était oublié ! De retour à Nilphamari et à nouveau en forme, le moral n’était pourtant pas au top… En réfléchissant, c’était ma maison qui me faisait tomber les chaussettes ! En effet, ce bâtiment étant réservé aux gens de passage pour quelques mois, n’a rien de « cosy » ni de personnel. J’ai décidé de donner de la vie à cet endroit, même si je n’étais pas encouragée par Margaret, ma colloque, qui ne voyait pas le problème ! Elle a en effet vécu toute sa vie dans ce genre de maison et n’est vraiment pas déco… C’était pour moi une découverte de savoir qu’il existait des femmes non sensibles à l’esthétique
et à « l’accueil du lieu » en général. Donc vu mon héritage familial (pour ceux qui connaissent ma maman et sa famille…), ça me démangeait d’agir ! Alors hop j’ai nettoyé (ça, c’est le côté suisse !), éclairci, déménagé, restauré et bien sûr récupéré tout ce que je pouvais pour faire vivre cet endroit ! Et puis c’est intéressant comme j’ai aimé faire cela et cela m’a interpellée ! Redonner de la dignité à ce qui m’entoure est dans mes tripes !!! C’était pour moi clairement une manière d’honorer cet endroit, et de voir au-delà du lugubre…
Après un mois de prise de marque, il est intéressant de faire le bilan, de revenir à ma décision partagée dans mon dernier texte : qu’aucune journée ne doit se ressembler jusqu’en décembre. Pourtant après un mois, la routine s’installe, c’est inévitable ! Et celle-ci n’étant pas désagréable, il est possible de me laisser filer ainsi jusqu’à la fin du séjour. Cependant, en prenant soin de ma maison, en voyant plus loin que le lugubre, je me suis rendu compte qu’il y avait encore bien des choses à faire et à découvrir !!!
À l’école, je perçois mes challenges. Enseigner une seule élève est étonnement un défi. Je ne suis en effet plus « gestionnaire » d’un groupe dans le cadre d’une institution. Je n’ai pas l’autorité au même titre et c’est difficile de savoir de quel droit je l’ai du coup ! Juste parce que je suis adulte ?! C’est intéressant de se poser la question en tant que jeune enseignante pleine d’idéologie !
Je profite de cette expérience pour me concentrer sur mon savoir-être (encouragement, formulation des consignes, explication de la matière de manière claire et adaptée…). C’est en fin de compte un cours parfait de perfectionnement après la HEP, à conseiller aux étudiants qui y sont maintenant ! ![]()
Autrement, c’est super de voir les progrès de Naeva, avec qui je fais un programme de l’école enfantine ! C’est beau de la voir reconnaître des mots, écrire ses premiers chiffres enfin à l’endroit
… Bref, des instants magiques…
Prochains événements : visite d’un hôpital général (The Lamb Hospital, à 60 km de Nilphamari), et puis j’ai la chance d’accueillir dans mon petit monde ma maman début novembre pour une dizaine de jours. Cela sera une bonne occasion de partager mon expérience en live, je me réjouis !
Sachez que vos commentaires (cliquer sur « commentaires » en bleu en haut de cette page) sont toujours les bienvenus, et le mail est un bon moyen de rester en contact. Que ces quelques lignes vous encouragent aussi – pourquoi pas ? – à voir plus loin que les parties lugubres de votre quotidien ! Je vous y souhaite plein de lumière ! Comme dit mon livre de chevet : « Tout ce qui est caché paraîtra au grand jour, et tout ce qui est secret sera mis en pleine lumière » (Marc 4 : 22). C’est ce que j’annonce aux araignées que je dérange lors de mon ménage dans ma maison lugubre…!
Mais c’est aussi valable pour tout autre animal et souci suisse… !!! Heureuse d’avoir passer ce moment avec vous, merci de m’avoir lue jusqu’en bas ! Vous n’aurez pas de bonbon, juste un petit voyage en plus dans les yeux…
Signé : « Anti Fanny »
(Ici, c’est une marque de respect d’appeler les gens « tante » ou « oncle »)
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